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03-11-2019, Moscou

Discours de Sa Sainteté le patriarche Cyrille et du métropolite Jean de Doubna après la liturgie à l’église du Christ-Sauveur, à laquelle participait une délégation de l’Archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale.

 

Discours de Sa Sainteté le patriarche Cyrille

Le 3 novembre 2019, Sa Sainteté le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie a célébré la Divine liturgie à l’église cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, avec la participation de l’ordinaire de l’Archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale, l’archevêque Jean de Doubna, et les membres de la délégation de l’Archevêché ayant rang ecclésiastique. A la fin du service divin, le primat de l’Église orthodoxe russe a prononcé un discours :

Éminences et Excellences,
Éminence, cher Monseigneur Jean,
Chers pères, frères et sœurs,

Le XXe siècle a commencé par un bouleversement social, par une guerre terrible, par la chute d’un empire orthodoxe et par une division qui a marqué des millions de destinées humaines. Beaucoup de nos compatriotes ont été forcés de quitter leur Patrie. De l’Église russe pendant ces années, on peut dire avec la grande poétesse : « J’étais alors avec mon peuple, là où mon peuple était malheureusement. » Ici, en Russie, l’Église a porté avec le peuple la croix des persécutions athées. Là-bas, à l’étranger, elle a partagé avec les fidèles la misère et les amères privations de l’exil.

Le ménologe propose presque tous les jours la mémoire d’un nouveau-martyr. Saint Damien, archevêque de Koursk, est l’un des martyrs dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire. La veille de sa mort, il prédit à ses confrères des Solovki que l’arbitraire monstrueux et les persécutions contre l’Église seraient temporaires, que « la vérité de Dieu devait triompher ». Saint Damien fut fusillé peu après, au tristement célèbre lieu-dit de Sandarmokh, où furent cruellement mis à mort tant d’honnêtes citoyens et de fidèles enfants de notre Église. Mais la prophétie s’est pleinement réalisée : la vérité de Dieu ne cesse de triompher, et nous sommes les témoins vivants de ce triomphe.

La Providence divine a voulu que les souffrances de notre Église la conduisent au renouvellement et à un nouvel essor. Le sang de milliers de nouveaux-martyrs, versé pendant des persécutions religieuses monstrueuses et sans précédent, la sainteté d’une innombrable multitude de confesseurs, ont affermi son organisme divino-humain. L’exil tragique des Russes vers l’Europe et le Nouveau Monde a servi à la prédication de l’Évangile, au témoignage chrétien à l’Occident, lui aussi frappé d’une profonde crise spirituelle.

Le plérôme de nos communautés ecclésiales a participé tout entier à cette prédication, plus particulièrement en Europe : sages archipasteurs ayant su organiser la vie de l’Église dans un contexte nouveau ; moines ayant fondé de nouveaux monastères au lieu de ceux qu’ils avaient laissés ; philosophes et théologiens, formant la célèbre École de Paris ; simples prêtres de paroisses, ayant partagé les difficultés de leurs ouailles, et donné l’exemple de la piété ; enfin, fidèles, hommes pieux dont était si riche l’ancienne Russie.

Les difficultés de la guerre civile et la situation politique complexe en Russie ont provoqué à l’époque une séparation temporaire et anormale d’une partie importante des hiérarques à l’étranger avec l’Église russe. Les plaies de cette séparation ont été partiellement refermées en 2007 par un rattachement avec l’Église orthodoxe russe, qui a causé la joie non seulement de l’Église orthodoxe russe, mais de l’ensemble de l’Orthodoxie dans le monde entier. Aujourd’hui, notre Église est à nouveau en fête : les communautés de l’Archevêché des églises de tradition russe en Europe occidentale, qui avaient temporairement quitté notre juridiction il y a 88 ans, reviennent vers nous, Son Éminence Mgr Jean de Doubna en tête. J’y vois une triomphe de la vérité et de l’amour du Christ.

Les enfants de notre Église en Europe sont passés par tout ce dont parle l’apôtre Paul, décrivant les circonstances de sa prédication : les privations matérielles et le besoin, un travail épuisant, les moqueries de l’entourage et même les persécutions et le péril parmi les faux frères (II Co 22,26). Afin de continuer aujourd’hui leur mission évangélique, elles ne consultèrent ni la chair, ni le sang (Ga 1,16), comme le disait l’Apôtre dans la lecture de ce jour, mais elles ont fait le bon choix, celui de l’unité de l’Église, de l’unité de leurs communautés et de la sauvegarde de leur tradition. Dieu fasse que le retour à l’Église russe les affermisse et les aide à poursuivre leur ministère, tant auprès des milliers de nos compatriotes qui résident en Europe occidentale, qu’auprès des habitants de souche des pays européens.

Je vous remercie, cher Monseigneur Jean, je remercie vos pasteurs et vos fidèles, de la détermination et de la fermeté dont vous avez fait preuve dans les circonstances difficiles qui ont entouré votre retour ; je vous remercie de notre prière commune, ici, à Moscou, dans la principale cathédrale de l’Église russe, et je suis heureux de vous dire à tous : bienvenue chez vous !

Je souhaite offrir à l’Archevêché des églises de tradition russe en Europe occidentale un reliquaire, contenant de vénérables reliques de saint Tikhon, confesseur, patriarche de Moscou et de toute la Russie, ainsi qu’une icône des saints nouveaux-martyrs et confesseurs de l’Église russe qui participèrent au Saint Concile en 1917-1918. On sait que ses décrets ont eu une importance particulière dans la vie de l’entité ecclésiale russe en Europe occidentale présidée par le métropolite Euloge, de bienheureuse mémoire, qui participa à ce Concile historique, et pour le repos de l’âme duquel nous avons prié ensemble aujourd’hui. Que ces dons de l’Église-mère soient le signe de la succession spirituelle et du lien immuable dont nous fêtons aujourd’hui solennellement le renouveau.

Quant à vous, Monseigneur, métropolite Jean, je veux vous remettre cette panagia et cette croix gravées en mémoire de ce jour. Recevez-les comme un témoignage de l’amour avec lequel vous accueille vous, natif de France, la grande et véritablement multinationale Église russe.

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Discours du métropolite Jean de Doubna

Le 3 novembre 2019, après la Divine liturgie célébrée à l’église cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, le métropolite Jean de Doubna, archevêque des paroisses de tradition russe en Europe occidentale, a prononcé un discours adressé à Sa Sainteté le patriarche Cyrille de Moscou et de totue la Russie et à l’assistance.

Votre Sainteté,

Je suis ici aujourd’hui accompagné de plus de cent personnes dont 37 clercs, prêtres et diacres venus à votre invitation pour sceller l’acte de rattachement canonique des églises de tradition russe en Europe occidentale au Patriarcat de Moscou.

Depuis plusieurs semaines déjà, en Russie comme en France et même au delà, sur divers canaux d’information, cet acte est salué comme un évènement historique.

Il est historique en premier lieu dans la mesure où s’accomplit, nous le savons tous, ce que le métropolite Euloge de bienheureuse mémoire avait espéré, lorsque contraint par les vicissitudes de l’histoire il avait demandé la protection canonique du patriarcat de Constantinople en 1931, pensant que cette situation ne serait que provisoire; tel a été en effet le statut accordé alors par le patriarcat de Constantinople, provisoire.

Nous citons le Métropolite « En entrant dans cette voie, il est évident que nous ne nous séparons pas de notre Mère l’Église russe… nous ne rompons pas notre unité avec elle. Nous prenons l’engagement, quand le temps viendra de soumettre à son libre tribunal de l’avenir tous nos actes de toute la période de notre involontaire séparation extérieure. Et nous continuons à rester en communion de foi de prière et d’amour avec le Patriarcat de Moscou… Ce n’est donc pas une rupture avec l’Église russe ; ce n’est qu’une interruption occasionnée par certaines circonstances de la vie actuelle ». Ce texte, Sainteté a guidé mon action tout au long de ces mois si difficiles pendant lesquelles notre Archevêché a souffert.

Alors qu’il était encore Archevêque, le métropolite Euloge avait été nommé en avril 1921, administrateur provisoire des paroisses russes en Europe occidentale par le saint patriarche Tikhon de Moscou (décrets du 8 avril 1921, n° 423 & 424) : cela s’est fait avec l’accord du saint métropolite Benjamin de Pétrograd qui jusqu’alors exerçait la juridiction sur les institutions religieuses de l’Église orthodoxe russe en Europe occidentale (lettre datée du 21 juin 1921). En janvier 1922, il était élevé au rang de métropolite.

En 1924, il fonde l’« Union Directrice des Associations Orthodoxes Russes » c’est à dire l’Archevêché, (J.O., 28.2.1924, n° 58, p. 2080) qui est constituée des associations cultuelles orthodoxes d’origine ou de tradition ecclésiale russes, toutes légalement établies, et qui se sont regroupées en application des dispositions de la loi française (1905).

Au cours de la décennie tumultueuse (1921-1931), sans pouvoir anticiper tous les évènements historiques, le métropolite Euloge se comporte en pasteur à la fois fidèle au patriarcat de Moscou et missionnaire sur la terre où les évènements et la providence divine l’ont placé. Il soutient le mouvement de jeunesse qui est en train de se constituer (ACER – РСХД) et auquel la Sainte Mère Marie (Skobtsov) aportera son concours. Il fonde, en 1924, l’Institut de Théologie St- Serge, dont il devient le premier recteur alors que père Serge Bougakov en est le doyen.

Grâce à ces initiatives le métropolite Euloge a posé les fondements et créé la dynamique missionnaire qui permettra aux membres éminents de la première émigration de sauvegarder et de faire fructifier les traditions liturgiques, spirituelles, théologiques telles qu’elles se sont appuyées sur l’héritage du Concile local historique de Moscou en 1917-1918 comme vous l’avez souligné, votre Sainteté, dans la bienveillante lettre que vous avez bien voulue m’adresser dès le début de nos pourparlers en décembre 2018 et comme l’a confirmé en votre nom le métropolite Antoine de Chersonese lors de notre première rencontre à Paris.

Ainsi ont été posées les bases de la mission orthodoxe russe en Europe occidentale dans l’esprit de ce qu’affirme la déclaration « Sur la mission extérieure contemporaine de l’Eglise orthodoxe russe » promulguée le 27 mars 2007 par le Saint-Synode et qui rappelle d’une manière générale que l’Église, suivant la parole du Sauveur, depuis le début de son existence, prêche l’Évangile «  à tous ceux qui sont loin et à tous ceux qui sont proches » (Eph 2,17) ; qui rappelle aussi d’une manière particulière que « les paroisses de l’Eglise orthodoxe russe hors de ses limites canoniques ont été créées à l’origine pour répondre aux besoins des expatriés… et beaucoup d’entre elles sont devenues la maison spirituelle des représentants des peuples de souche convertis à l’orthodoxie ».

Cette mission a été accomplie en cela que l’Archevêché, issu de la tradition russe, est en effet devenu une entité pluriethnique et multilingue se composant aujourd’hui pour plus de la moitié, au niveau des clercs comme des fidèles de membres de souche occidentale dont je suis moi-même l’un des représentants, à la suite notamment des archevêques Georges Wagner (allemand) et Gabriel de Vylder (belge) de bienheureuses mémoires. Cette spécificité a été soulignée à l’occasion des diverses émissions télévisées en Russie même.

L’évènement est historique car votre sollicitude intervient à un moment où l’intégrité et la vocation de l’Archevêché était sur le point d’être annihilées. Vous offrez à notre Archevêché qui devient, dans le cadre de l’accord que nous avons élaboré conjointement, la survie et la poursuite de sa vocation missionnaire en France et en Europe occidentale en tant qu’Archevêché à part entière. Vous assurez la sauvegarde de notre entité ecclésiale telle qu’elle s’est formée et telle qu’elle fonctionne dans ses dimensions liturgiques théologiques, pastorales, (mais aussi administratives et financières) depuis sa fondation, en préservant ainsi notre identité à laquelle nous sommes très attachée et qui nous a conduit à solliciter votre bienveillante sollicitude paternelle.

L’évènement est historique car le rattachement canonique que vous nous offrez aujourd’hui, plus qu’une intégration, scelle une réconciliation ecclésiale, plus qu’un retour qui n’en n’est pas un pour beaucoup d’entre nous, un prolongement de cette mission invoquée dans la déclaration du 27 mars 2007 citée précédemment. Fidèle à cette mission dans la tradition dont il a hérité, l’Archevêché entend poursuivre son témoignage également dans le respect des identités chrétiennes locales héritières d’autres traditions spirituelles et théologiques.

Malgré les secousses du siècle passé, souvent très douloureuses et même cruelles, qui ont suscité la discorde pendant plusieurs générations, et qui ont pu laissé des blessures encore souvent non cicatrisées complètement, nous croyons que le Seigneur ne peut que se réjouir de l’unité que nous manifestons aujourd’hui. Nous sommes certains pour cette raison qu’il nous accordera la joie et le désir profond d’être les témoins fidèles du Ressuscité, là où nous sommes à chaque instant et à œuvrer ensemble, donc dans l’unité du plerôme de l’Orthodoxie, à la préservation de l’intégrité du Corps du Christ, dans la fidélité à l’ultime message spirituel que nous a légué le métropolite Euloge: « La liberté d’Esprit dans l’Église est sacrée».

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